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Hépatite infantile : 5 décès aux Etats-unis, et en France ?

Map of childhood hepatitis cases in the world

Près de 230 hépatites aiguës d’origine inconnue chez des enfants ont été observées majoritairement en Europe, dont la France et le Royaume-Uni. 5 décès ont été observés aux Etats-Unis. L’hypothèse d’un virus reste la piste privilégiée (Covid, adénovirus, co-infection). Bilan des faits et avis de notre hépatologue.

[Mis à jour le 10 mai 2022 à 14h31] Au 1er mai 2022, “au moins 228 cas probables ont été signalés à l’OMS dans 20 pays, et plus de 50 autres cas sont en cours d’investigation“, a rapporté un porte-parole de l’OMS, Tarik Jasarevic, lors d’un point de presse régulier des agences de l’ONU à Genève. Il y a eu plusieurs décès dans le monde dont 5 décès aux Etats-Unis imputables à une hépatite aiguë. En France, deux cas ont été détectés au CHU de Lyon. Cela “ne témoigne pas, à ce stade, d’un excès de cas en France. Compte tenu de la recherche active de cas qui a été lancée par les autorités sanitaires, d’autres signalements sont probablement à attendre dans les prochains jours, a tenu à rassuré Santé publique France. Il s’agit d’une mystérieuse épidémie “étrange et alarmante” de “nouvelles” hépatites infantiles, de cause inconnue, observée entre mars et avril 2022. “L’augmentation est inattendue et les causes habituelles ont été exclues“, indique le Bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Europe dans un communiqué du 15 avril 2022. “Les premières enquêtes épidémiologiques sur des cas au Royaume-Uni basées sur des questionnaires de chalutage n’ont pas permis d’identifier une exposition commune notable (y compris des aliments, des médicaments ou des toxines)”, indique de son côté le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC), le 28 avril 2022. Sur la base de ces enquêtes, l’hypothèse principale actuelle est qu’un cofacteur affectant les jeunes enfants ayant une infection à adénovirus, qui serait bénigne dans des circonstances normales, déclenche une infection plus grave ou du foie. D’autres agents infectieux ou toxiques (par exemple le Covid) sont toujours à l’étude et n’ont pas été exclues mais sont considérées comme moins plausibles. “Les hépatites d’origine indéterminée, ça existe toujours. Même si on réalise tous les examens et qu’on balaye toutes les causes connues, il reste toujours des cas inexpliqués. Mais il faut bien éliminer les causes les plus importantes, pour trouver un traitement et pour garantir un bon pronostic vital“, indique le Pr Patrick Marcellin, hépatologue, que nous avons interviewé le vendredi 22 avril 2022. Parmi les symptômes d’alerte qui ont été mentionnés, on retrouve : une jaunisse, des diarrhées, des vomissements et des douleurs abdominales…  Que sait-on sur l’origine de ces hépatites ?

Combien de cas d’hépatites infantiles dans le monde ?

Au 1er mai 2022, “228 cas d’hépatite aiguë d’origine inconnue probables ont été signalés à l’OMS dans 20 pays, et plus de 50 autres cas sont en cours d’investigation” rapporte un porte-parole de l’OMS, Tarik Jasarevic, lors d’un point de presse régulier des agences de l’ONU à Genève. Des cas ont été signalés chez des enfants âgés entre 1 mois et 16 ans. Les hépatites semblent davantage toucher les moins de 10 ans. Il y a au moins :

  • 144 au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord (Royaume-Uni)
  • 13 en Espagne
  • 12 en Israël
  • 109 aux États-Unis d’Amérique, dont 5 décès
  • 6 au Danemark
  • Moins de 5 en Irlande
  • 4 au Pays-Bas
  • 4 en Italie
  • 2 en Norvège
  • 2 en France
  • 1 en Roumanie
  • 1 en Belgique 
  • 1 au Japon
  • Plusieurs en Indonésie…
Carte des cas d’hépatites infantiles dans le monde © OMS

Compte tenu de l’augmentation des cas signalés au cours du dernier mois et de l’amélioration des activités de recherche de cas, davantage de cas seront probablement signalés dans les prochains jours, précise l’OMS. Les États membres sont fortement encouragés à identifier, enquêter et signaler les cas potentiels correspondant à la définition de cas. Les cas répondant à la définition de cas doivent être signalés au Système européen de surveillance (TESSy) dès que possible. Les enregistrements de cas peuvent être mis à jour à mesure que d’autres résultats de test deviennent disponibles.

Deux cas d’hépatite aiguë dont l’étiologie est encore indéterminée ont été signalés par le CHU de Lyon

Combien de cas d’hépatites infantiles en France ?

Deux cas d’hépatite aiguë dont l’étiologie est encore indéterminée ont été signalés par le CHU de Lyon“, a confirmé Santé publique France le 19 avril 2022. Ces deux cas concernaient des enfants de moins de 10 ans et font l’objet  d’investigation par les équipes médicales. “Les cas d’hépatite aiguë d’étiologie indéterminée chez l’enfant ne sont pas rares. La survenue de ces deux cas n’est pas inattendue et ne témoigne pas, à ce stade, d’un excès de cas en France. Compte tenu de la recherche active de cas qui a été lancée par les autorités sanitaires, d’autres signalements sont probablement à attendre dans les prochains jours“, poursuit l’autorité sanitaire. Il n’est pas possible, à l’heure actuelle, de savoir s’ils sont liés au signal observé au Royaume-Uni. Dans ce contexte, Santé publique France a sollicité ses partenaires du réseau national de santé publique : Groupe francophone de réanimation et d’urgences pédiatriques, Société Française de Pédiatrie, Société Française d’hépatologie, Centres nationaux de référence des Hépatites B/C/delta, des Hépatites A/E, des virus des gastro-entérites et des virus des infections respiratoires. L’autorité a également conduit une analyse :

  • des données de passages aux urgences du réseau OSCOUR® pour une sélection de codes diagnostiques compatibles avec une hépatite aiguë d’étiologie inconnue (excluant notamment les hépatites virales A à E) chez les enfants de 0 à 17 ans entre 2018 et le 24 avril 2022, afin d’identifier une éventuelle hausse inhabituelle de ces cas sur la période récente ; 
  • des données d’hospitalisation (PMSI) entre 2018 et janvier 2022 pour détecter une éventuelle augmentation sur la période récente  du nombre de séjours hospitaliers compatibles avec une hépatite aiguë d’étiologie inconnue.

A ce stade, aucun excès de passages aux urgences ni de séjours hospitaliers n’a été identifié sur le territoire national depuis le 1er janvier 2022 par rapport aux années précédentes (2018-2021). Un circuit de signalement et d’investigation des cas possibles est aujourd’hui formalisé, en lien avec le Ministère en charge de la Santé, dans l’objectif de détecter sur le territoire un éventuel signal similaire à celui observé au Royaume-Uni. 

Définition d’un cas possible d’hépatite aiguë

Enfant âgé de moins de 18 ans, ayant présenté depuis le 1er janvier 2022, une hépatite aiguë sévère, définie par : une cytolyse (ASAT et/ou ALAT) > 500 UI/L et un taux de prothrombine (TP) < 50%

  1. Avec un bilan étiologique de 1ère intention négatif :
  • Bilan toxicologique négatif : paracétamol, halothane, syndromes phalloïdiens, valproate de sodium, isoniazide, rifampicine, phénobarbital, sulfamides ;
  • Pas d’hépatopathie chronique connue ou très fortement suspectée (déficit en a1AT, maladie de Wilson, hépatite auto-immune, cholestase intrahépatique familiale progressive), ni cause métabolique connue ou très fortement suspectée, ni de leucémie aiguë ;
  • Aucun virus détecté parmi les suivants : VHA, VHB, VHC, VHE, HSV, HHV6/8, EBV, CMV, VZV, parvovirus, echovirus, cocksakie, SARS-CoV2, virus grippal.

2. OU avec un Adénovirus positif, avec ou sans agent infectieux détecté, avec ou sans hépatopathie chronique, avec ou sans cause métabolique

Ces cas d’hépatite sont-ils graves ?

Il s’agit d’un phénomène grave [qui touche] des enfants en bonne santé“, a insisté Deirdre Kelly, hépatologue pédiatrique au Birmingham Children’s Hospital au Royaume-Uni, cité par la revue Science. Parmi tous les cas recensés, 17 enfants ont eu besoin d’une transplantation hépatique. Au moins un décès a été déclaré

“L’adénovirus ou le virus du Covid ne sont pas des virus connus pour attaquer les cellules du foie et engendrer des vraies hépatites”

La moitié des enfants atteints d’hépatite au Royaume-Uni ont été testés positifs à l’adénovirus

Les virus de l’hépatite (A, B, C, E et D, le cas échéant) ont été exclus après des tests de laboratoire tandis que d’autres enquêtes sont en cours pour comprendre l’étiologie de ces cas, indique l’OMS. Aucun autre facteur de risque épidémiologique n’a été identifié à ce jour, y compris les voyages internationaux récents. Selon l’OMS, ces cas d’hépatite seraient plutôt liés à un adénovirus (en Angleterre et en Ecosse, respectivement 75,5% et 50% des cas ont été testés positifs à l’adénovirus), une famille de virus qui ne provoque habituellement qu’un gros rhume. Un dépassement statistique par rapport aux tests positifs des années précédentes, selon le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC). “Bien que l’adénovirus soit actuellement une hypothèse comme cause sous-jacente, il n’explique pas entièrement la gravité du tableau clinique. L’infection par l’adénovirus de type 41, le type d’adénovirus impliqué, n’a pas été précédemment liée à une telle présentation clinique. Les adénovirus sont des agents pathogènes courants qui provoquent généralement des infections spontanément résolutives. Ils se propagent d’une personne à l’autre et provoquent le plus souvent des maladies respiratoires“, indique l’OMS. En effet, la moitié des enfants atteints d’hépatite au Royaume-Uni ont été testés positifs à ce virus, de même que tous les cas repérés en Alabama. Le Royaume-Uni, où la majorité des cas ont été signalés à ce jour, a récemment observé une augmentation significative des infections à adénovirus dans la communauté (notamment détectées dans les échantillons fécaux chez les enfants) suite à de faibles niveaux de circulation au début de la pandémie de COVID-19. Les Pays-Bas ont également signalé une augmentation simultanée de la circulation communautaire des adénovirus. L’OMS recommande que des analyses de sang (avec une expérience anecdotique initiale indiquant que le sang total est plus sensible que le sérum), de sérum, d’urine, de selles et d’échantillons respiratoires, ainsi que des échantillons de biopsie du foie (lorsqu’ils sont disponibles) soient entrepris, avec une caractérisation plus poussée du virus, y compris séquençage. D’autres causes infectieuses et non infectieuses doivent faire l’objet d’une enquête approfondie.

Le Covid à l’origine de ces hépatites ?

Le Sars-CoV-2, virus responsable du Covid, a également été détecté chez plusieurs enfants (au moins dans 20 cas parmi les enfants testés). Toutefois, ce n’est qu’une hypothèse : “les preuves sont trop minces pour résoudre le mystère“, indiquent chercheurs et médecins. “L’adénovirus ou le virus du Covid sont des virus qui peuvent donner une petite élévation des transaminases, reflétant l’impact de l’infection virale. En revanche, ce ne sont pas des virus connus pour attaquer les cellules du foie et engendrer des vraies hépatites, détaille le Pr Patrick Marcellin, hépatologue, interviewé par le Journal des Femmes Santé le 22 avril 2022. En effet, le syndrome clinique parmi les cas identifiés est une hépatite aiguë (inflammation du foie) avec des enzymes hépatiques nettement élevées (aspartate transaminase (AST) ou alanine aminotransaminase (ALT) supérieurs à 500 UI/L). De nombreux cas ont signalé des symptômes gastro-intestinaux, notamment des douleurs abdominales, de la diarrhée et des vomissements précédant la présentation d’une hépatite aiguë sévère et une jaunisse. La plupart des cas n’avaient pas de fièvre. Une caractérisation génétique des virus doit être entreprise pour déterminer toute association potentielle entre les cas. Cette épidémie d’hépatites fait à ce jour toujours l’objet d’une enquête active.

Une co-infection adénovirus et Covid à l’origine de ces hépatites ?

La piste d’une co-infection adénovirus et Covid a également été mise en avant par l’OMS. Parmi les cas d’hépatite aiguë recensées, 19 ont été détectés avec une co-infection par le SRAS-CoV-2 et l’adénovirus, souligne l’OMS dans son rapport. 

Quelle prise en charge pour une hépatite infantile ?

Selon la conduite à tenir élaborée par Santé publique France, toute hépatite aiguë sévère chez un enfant de moins de 18 ans doit conduire à la réalisation d’un bilan étiologique de 1ère intention complet, à la recherche d’une étiologie (cause), en particulier infectieuse, toxique, immuno-hématologique, auto-immune, métabolique, vasculaire ou d’une hépatopathie chronique. Aucune hypothèse ne doit être écartée d’emblée. Ce bilan étiologique doit notamment reposer sur des prélèvements sanguins, respiratoires, urinaires, de selles et des biopsies hépatiques (idéalement). Un prélèvement capillaire pour la recherche ultérieure éventuelle de toxiques doit être si possible réalisée. A l’issue du 1er bilan étiologique

  • Si une étiologie est identifiée ET que la recherche d’adénovirus sur les prélèvements respiratoires, sanguins et de selles est négative, le cas est exclu et ne donne pas lieu à un signalement.
  • Si aucune étiologie n’est retrouvée OU si la recherche d’adénovirus est positive dans au moins un des prélèvements réalisés, le cas est considéré comme possible et doit donner lieu à un signalement à Santé publique France
Conduite à tenir pour les cliniciens devant un cas d’hépatite aigüe sévère © Santé publique France

Peut-on voyager malgré ces cas d’hépatites ?

Oui. Dans son communiqué du 15 avril 2022, l’OMS ne recommande aucune restriction sur les voyages et/ou le commerce, notamment avec le Royaume-Uni, ou tout autre pays où des cas sont identifiés, sur la base des informations actuellement disponibles.

Quelle prévention pour éviter une hépatite ?

L’exposition féco-orale à des virus tels que les adénovirus est plus probable chez les jeunes enfants, indique le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC). “Nous recommandons donc de renforcer les bonnes pratiques générales d’hygiène (y compris l’hygiène soigneuse des mains, le nettoyage et la désinfection des surfaces) dans les milieux fréquentés par de jeunes enfants”

Sources : Acute hepatitis of unknown aetiology – the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland, OMS, 15 avril 2022 / Mysterious hepatitis outbreak sickens young children in Europe as CDC probes cases in Alabama, Science, 15 avril 2022

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